dimanche 14 février 2016
Acceptons-nous d'être mis au ban de la société ?
Nous sommes traités comme les ordures de l'univers. II Corinthiens 4, v. 13.
Ces mots ne sont point une exagération. S'ils ne s'appliquent pas à nous qui nous appelons serviteurs de l'Evangile, ce n'est pas que Paul s'en soit servi à tort, mais que nous sommes trop avisés et trop délicats pour accepter d'être des balayures. "Compléter en ma chair ce qui manque à mes souffrances pour le Christ", ce n'est pas un effet de la sanctification, mais de ce que j'ai été "mis à part pour l'Evangile".
"Bien-aimés, dit l'apôtre Pierre, ne vous étonnez pas de l'ardeur des tourments destinés à vous éprouver." Si au contraire nous en sommes tout étonnés, c'est que nous sommes des lâches. Nous reculons instinctivement devant la boue. Nous refusons de nous baisser, de nous courber. Libre à vous d'être sauvé tout juste; vous pouvez refuser à Dieu d'être mis à part pour l'Evangile. Ou bien alors vous pouvez accepter d'être traité vous-même comme le rebut de la terre, pourvu que la Bonne Nouvelle soit proclamée. Le serviteur de Jésus-Christ ne craint pas de marcher au martyre. Lorsqu'on se fonde sur la morale purement humaine et qu'on se trouve en présence de la pire abjection, on a un sursaut de répugnance instinctive et l'on ferme son coeur. La Rédemption divine, cette merveilleuse vérité, est si profonde qu'aucune bassesse n'y peut surnager. L'amour absorbe tout : Paul ne dit pas que Dieu l'a mis à part pour en faire une âme d'élite, mais bien "pour révéler son Fils en moi".
L'appel qui nous contraint
Malheur à moi, si je n'annonce pas la Bonne Nouvelle ! I Corinthiens 9, v. 16.
Prenez garde de ne pas boucher vos oreilles à l'appel de Dieu. Sans doute, quiconque est sauvé est appelé à rendre témoignage de ce fait. Mais ce n'est pas encore là l'appel à prêcher l'Evangile, il ne s'agit que d'un exemple dont on pourrait se servir au cours d'une prédication. Paul, dans ce texte, parle de la contrainte douloureuse qu'il a éprouvée, lorsqu'il s'est agi pour lui d'annoncer la Bonne Nouvelle. Le salut est une affaire toute simple où Dieu se charge de tout : "Venez à moi et je vous sauverai." La croix de Jésus-Christ nous impose le salut. Mais pour être son disciple, il faut un choix que nous seuls pouvons faire.
Pour que je sois, comme Paul, un véritable serviteur de Jésus-Christ, Dieu me façonne à son gré, sans me demander ma permission. A son gré, Dieu fait de nous le pain rompu, le vin répandu. Etre mis à part pour l'Evangile, c'est un déchirement, c'est une agonie : toutes nos ambitions broyées, tous nos désirs supprimés, tout en nous s'effaçant devant cet unique devoir : "Mis à part pour l'Evangile." Malheur à celui qui essaye de marcher dans une autre direction, dès qu'il a entendu cet appel ! Quand Dieu vous a saisi, arrière tout autre appel !
L'appel de Dieu
Le Christ ne m'a pas envoyé pour baptiser, mais pour annoncer la Bonne Nouvelle. I Corinthiens 1, v. 17.
Paul déclare ici que l'appel de Dieu, c'est l'appel à proclamer la Bonne Nouvelle, c'est-à-dire la réalité de la Rédemption, dans la personne de notre Seigneur Jésus-Christ. Nous sommes portés à faire de la sanctification le but final de notre enseignement. Paul se sert de ses expériences personnelles simplement à titre d'exemple, mais ce n'est jamais pour lui le but dernier. Aucun texte dans la Bible ne nous ordonne de prêcher le salut ou la sanctification; notre rôle est d'élever Jésus-Christ (Jean 12, v. 32). C'est une mauvaise plaisanterie que d'oser dire : "Jésus a souffert pour que je devienne, moi, un saint." Jésus a souffert pour racheter le monde entier, et le placer, restauré, purifié, sans tache, devant le trône de Dieu. Le fait que la Rédemption peut manifester en nous son efficacité est une marque de sa puissance et de sa réalité, mais non pas son but. Si Dieu avait notre nature humaine, comme il serait fatigué, écoeuré de nos incessantes prières pour notre salut, pour notre sanctification. Du matin au soir, nous l'accablons de nos requêtes : il nous faut ceci, il faut qu'Il nous délivre de cela! Quand nous aurons touché le roc profond de l'Evangile, nous ne L'ennuierons plus de nos jérémiades.
Paul n'avait qu'une passion : proclamer la Bonne Nouvelle. Il acceptait avec empressement les chagrins, les déceptions, les persécutions, parce que tout cela contribuait à faire de lui un serviteur ferme et dévoué de l'Evangile.
Obéir ou désobéir
Samuel n'osait pas raconter la vision à Eli. I Samuel 3, v. 15.
Il est rare que Dieu nous parle d'une façon qui nous émeuve fortement. Souvent nous nous méprenons sur ce qu'il veut nous dire et nous disons : "Est-ce bien la voix de Dieu ?" Isaïe nous dit que la main de l'Eternel l'a saisi. Il s'agit là de tout ce qui nous arrive, et qui pèse sur nous. Rien ne nous arrive qui ne soit un message de Dieu lui-même. Savons-nous percevoir Sa voix dans tout ce qui est, aux yeux des hommes, accidentel ?
Apprenez à dire en toute circonstance : "Parle, Seigneur" et votre vie sera un enchantement. Dites : "Parle, Seigneur", mais prenez le temps d'entendre Sa réponse. Les corrections que Dieu nous envoie ne sont pas seulement une discipline, elles sont là pour nous amener à dire : "Parle, Seigneur." Dieu ne vous a-t-il jamais parlé, par tel ou tel verset ? En écoutant mieux, notre oreille s'exerce, et peu à peu, comme Jésus, nous entendrons Dieu sans cesse.
Oserons-nous dire à Eli, c'est-à-dire à ceux que nous vénérons le plus, le message que Dieu nous a transmis ? Nous nous érigeons nous-mêmes en providence : nous voulons épargner à Eli ce qui pourrait le troubler. Dieu n'ordonne pas à Samuel d'aller raconter sa vision à Eli, il faut qu'il en prenne lui-même l'initiative. En voulant épargner à autrui une souffrance, nous dressons un mur entre nous et Dieu. Nous assumons une terrible responsabilité en nous opposant à ce que le coupable se coupe la main droite ou s'arrache l'oeil droit.
Quand Dieu vous indique Lui-même ce que vous avez à faire, ne consultez personne. Vous risqueriez trop de vous laisser guider par Satan. "J'obéis aussitôt, dit Paul, sans consulter ni la chair ni le sang."
Comment croire qu'on puisse ainsi persécuter Jésus ?
Saul, Saul, pourquoi me persécutes-tu ? Actes 26, v. 14.
Est-ce que je suis décidé à ne laisser agir Dieu qu'à ma guise ? Terrible piège auquel nous sommes toujours pris, tant que nous n'avons pas été baptisés d'Esprit et de feu. L'entêtement et l'amour-propre nous amènent toujours à poignarder le Christ. Nous ne faisons peut-être de tort à personne, mais nous crucifions Jésus. Chaque fois que nous voulons, obstinément, "maintenir nos droits, notre dignité", chaque fois que nous voulons faire triompher nos ambitions, nous persécutons et nous crucifions Jésus. Il n'y a pas de plus affreuse découverte qu'une telle découverte.
Quand je vous transmets le message de Dieu, est-il vivant en moi, ardent et vibrant ? Ou bien ma vie dément-elle ce que j'essaye de prêcher ? Je puis prêcher la sanctification et manifester en moi l'esprit de Satan, l'esprit qui persécute Jésus. L'Esprit de Jésus n'admet qu'une attitude : être un avec le Père. Aussi quelle humilité que la sienne : "Ecoutez mon enseignement, dit-il, car je suis doux et humble de coeur." Tout ce que je fais doit se fonder sur ma parfaite union avec Lui, non pas sur ma propre volonté de m'élever vers Dieu. Cela implique sans doute qu'on profitera de moi, qu'on me trompera sans peine, qu'on me laissera de côté. Mais en acceptant tout cela pour l'amour de Lui, j'ai la joie de n'être pas parmi ses persécuteurs.
La vraie prudence
Ne vous faites donc pas de souci pour votre subsistance. Matthieu 6, v. 25.
Un avertissement dont nous avons besoin qu'on nous le répète souvent, c'est bien celui-ci : les soucis de ce monde, la séduction des richesses et les plaisirs de la vie tendent sans cesse à étouffer en nous la divine semence. C'est tantôt la nourriture et le vêtement, tantôt l'argent qu'on possède ou le manque d'argent, les amis qu'on a ou qu'on voudrait avoir, les difficultés de tout genre. C'est un flot qui monte toujours, et qui risque de nous submerger, si l'Esprit de Dieu n'est pas en nous, digue sûre et infranchissable.
Ne vous faites pas de souci pour votre subsistance. Ne vous inquiétez que d'une seule chose, nous dit le Seigneur, de votre position à mon égard.
Le sens commun se rebiffe là-contre : "Mais c'est absurde ! Il faut bien que je m'inquiète de comment je vivrai, de ce que je mangerai, de ce que je boirai." - "Non, dit Jésus, il ne le faut pas." N'allez pas vous imaginer là-dessus qu'Il ne sait rien de vos circonstances particulières. Il les connaît mieux que vous, et il vous dit : "D'abord Dieu, et le reste ensuite."
"A chaque jour suffit son mal." Quel est donc le mal qui vous harcèle aujourd'hui ? Serait-ce des esprits malins qui vous soufflent à l'oreille : "Que faire cet été? Que faire dans un mois ?" - "Ne vous inquiétez de rien", dit Jésus. La vraie prudence, c'est de penser au "combien plus" de votre Père céleste.
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